Pourquoi la psychanalyse est-elle difficile ? L’analysant et la rencontre avec soi-même
Pourquoi est-il difficile d’être analysant : cinq raisons auxquelles se heurte toute personne qui vient chez un psychanalyste.

Pourquoi est-il difficile d’être le sujet d’une psychanalyse (un analysant) ? Je propose ma réponse à la question de savoir en quoi consiste précisément la difficulté pour ceux qui viennent dans le cabinet d’un psychanalyste (en ligne ou en présentiel), en m’appuyant sur la théorie.
En psychanalyse a lieu une rencontre avec soi-même.
Dans ses écrits sur la technique psychanalytique, Freud disait que tout le monde ne peut pas être analysable*. Il soulignait aussi que l’analysabilité suppose un niveau d’intelligence assez élevé, et que les personnes âgées pouvaient difficilement se soumettre à une psychanalyse.
Dans ces mêmes travaux**, Freud souligne également le chemin subjectif de chacun, le pas subjectif avec lequel la personne avance dans l’analyse, si ce processus a bel et bien commencé : c’est de cela que dépend la durée d’une psychanalyse.
Les conditions actuelles dans lesquelles la psychanalyse a lieu, ou n’a pas lieu, sont marquées par la guerre, ce qui ajoute encore des difficultés.
Mais pourquoi est-il si difficile d’être analysant ? À mon avis, les raisons sont nombreuses, souvent très subjectives, et dépendent de nombreux facteurs, mais voici les cinq principales :
- Le sujet en analyse doit constamment se confronter à sa douleur, ce qui suscite une résistance incroyable au travail. Et il faut en plus payer pour cela des sommes assez importantes. Alors qu’on aimerait tant qu’on nous dise comment tout changer.
- Il faut reconstituer son histoire à partir de morceaux oubliés (refoulés, rejetés) : c’est comme être détective ou archéologue, un travail minutieux pour lequel tout le monde n’a pas la patience.
- La résistance à la psychanalyse a tant de visages, et elle est si difficile à accepter ! Pourtant, c’est justement en examinant les causes de la résistance à l’analyse que naît la guérison. Cela aussi, malheureusement, n’arrive pas à tout le monde.
- Se regarder de l’intérieur dans le processus psychanalytique, voir toutes ses vulnérabilités, ses défauts, commencer à comprendre sa propre influence sur sa vie, c’est très difficile et cela demande beaucoup de force, de temps, de patience et de désir de guérir.
- Dans le monde actuel, où l’on vient en psychanalyse pour s’améliorer, et le plus vite possible, où l’on s’adresse au psychanalyste comme à une fonction de plus sur un immense marché de services, prendre soudain conscience, au fil du travail, que personne n’améliorera personne, que beaucoup de choses ne peuvent tout simplement pas être changées et qu’en construisant des relations avec les autres, y compris avec le psychanalyste, on ne se heurte jamais qu’à soi-même dans les autres… Cela détruit les défenses construites, ce qui menace le narcissisme, les illusions, parfois même les espoirs.
Mais sur ce qui a été détruit peut se construire quelque chose de nouveau. D’étonnant, de sincère, de varié, de solide et de propre à soi. Et c’est là ce que j’ai ressenti de plus beau dans le processus psychanalytique, dans le mien comme chez certains de mes analysants, avec qui le travail a pu avoir lieu malgré toutes ces difficultés.
Et vous, selon vous, en quoi consiste encore la difficulté du travail psychanalytique ?
Pour en savoir plus sur le fonctionnement de la psychanalyse, regardez la vidéo (en ukrainien) :
* L’aptitude au travail psychanalytique avec le psychisme.
** Des écrits sur la technique psychanalytique tels que « Conseils aux médecins sur le traitement analytique » (1912), « À propos de la psychanalyse dite sauvage » (1910), etc.