Yuliia YarkinaPsychologue, psychanalyste
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Quel prix payons-nous lorsque nous ignorons le psychisme ?

Pourquoi l’attention et l’affection des proches ne suffisent pas toujours, et comment le psychisme influence la santé, les relations et la capacité à traverser les pertes.

Récemment, une amie (après la mort d’un de ses proches) m’a dit : « Je ne comprends pas en quoi une psychothérapie m’aiderait… Je pense que l’attention et l’affection de mes proches me suffiront. »

Oui ! Sans attention ni affection, la vie est bien plus difficile, me suis-je dit. Mais je sais combien il est parfois difficile pour les gens en général, et pour certains analysants dans notre travail, de faire face à la vie. Combien on accorde peu d’attention aux sentiments, à ce qu’on a vécu, à soi-même. Combien on manque de temps et de connaissances pour cela. Comment tout cela se conserve à l’intérieur, vit de façon chaotique et, sans jamais être nommé, influence nos états et notre vie en général. J’ai donc décidé d’écrire ce texte. Quel prix payons-nous lorsque nous ignorons notre santé psychique ?

Depuis que j’ai commencé à m’intéresser à la psychanalyse (à en étudier la théorie et à suivre ma propre analyse), deux faits se sont imposés à moi, que j’ai vérifiés dans ma propre expérience d’analysante et dans celle des personnes avec qui je travaille :

  1. Le psychisme est ce sur quoi repose toute la vie ! C’est-à-dire :
    • la santé physique dépend directement de l’état psychique ;
    • ce qui se passe, ou ne se passe pas, dans les relations avec les proches, au travail, avec les amis, dépend aussi de ce qui se passe psychiquement pour la personne, notamment de son histoire personnelle et de sa propre expérience (infantile avant tout, mais parfois aussi actuelle).
  2. Le psychisme et son état actuel, qui repose toujours sur toute l’expérience antérieure de la personne, constituent la base de la manière dont elle supportera les stress, les pertes, les défis, les tâches et les situations que nous rencontrons chaque jour sur notre chemin, surtout en ces temps troublés.

Je vais deux fois par semaine chez mon psychanalyste pour avoir un espace où vivre ce que je traverse, ce pour quoi je n’ai ni l’espace ni le temps dans les défis du quotidien.

Grâce à cet espace, je peux saisir ce qui m’influence, ce dont je souffre et ce que je ne parviens pas à appréhender seule dans mes sentiments.

Ces deux séances par semaine me permettent d’entretenir l’hygiène psychique dont j’ai besoin pour travailler avec mes analysants. Je peux aussi répondre à des questions auxquelles je n’arrive pas toujours à répondre seule, et grâce à la position de mon psychanalyste, entendre un silence honnête, ou une question, ou une réponse à propos de ce que je dis : de telles réponses, nous ne pouvons pas les attendre de notre entourage habituel. Et ce serait trop douloureux si nous les recevions de lui.

Je sais avec certitude que mon psychanalyste sait comment fonctionne le psychisme, quelle influence ont sur les processus psychiques la culture, les autres, l’entourage et les processus physiologiques, avec quelle ruse notre psychisme peut parfois nous procurer du plaisir à partir de nos souffrances, et bien d’autres choses intéressantes et très importantes ! Mais ce qui m’est arrivé à moi, personne ne le sait, à part moi. Et ensemble, nous reconstituons mon histoire, et c’est précisément dans ce processus qu’apparaît la problématique actuelle, qui éclaire de nombreux moments du passé ! C’est exactement ce qui permet d’élaborer, de transformer, de comprendre une foule de matériaux qui existaient simplement jusque-là, auxquels on n’avait prêté aucune attention, mais qui agissaient — de façon chaotique, sans explication, et parfois avec des explications commodes qui ne faisaient que gêner.

Il en va de même pour le deuil. Le psychanalyste sait exactement ce qu’est le travail du deuil. Et il peut être à vos côtés comme une autre personne qui ne le sait pas pourrait difficilement l’être.

N’ayez pas peur des professionnels du psychisme. Car votre psychisme est précisément ce qui crée votre vie dans toutes ses manifestations : corporelles, comportementales, affectives, et dans ce qui se passe dans votre propre réalité.

J’espère que ce texte inspirera quelqu’un à travailler sur le psychique, et pas seulement sur le corps. Parce que ce que nous refusons de prendre en compte dans notre psychisme, nous le payons avec notre corps, notre santé et toute notre vie.